Gouvernance de l’information géographique – 4/6 : définition, enjeux et perspectives (d’innovations)

Par Constance Legallais, chargée de mission Isogeo, Mathieu Becker, gérant-fondateur d’Isogeo, membre du conseil d’administration de l’AFIGéo (pôle Entreprises-Industries) et Hervé Halbout, Consultant expert SIG et 3D (Halbout Consultants).

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Crédits : http://www.bpmbulletin.com

Dans les articles précédents, nous avions évoqué les changements environnementaux dans le domaine des SIG ainsi que les difficultés actuelles pour faire du catalogage un véritable outil de gestion. Dans celui-ci, nous proposons une définition de la « Gouvernance de l’information géographique ».

Tout d’abord, appuyons-nous sur des constats et partons de nos observations sur le terrain :

  • les échanges de données entre les organismes sont de plus en plus nombreux…
  • … mais aussi de plus en plus difficiles à gérer, notamment par manque de connaissance des acteurs impliqués et des patrimoines de chacun ;
  • les jeux de données sont encore trop souvent dupliqués sur un même territoire ;
  • la communication (des mises à jour de données particulièrement) entre partenaires est souvent aléatoire

Pour comprendre ces phénomènes – et y apporter des solutions – Isogeo s’intéresse de près à la thématique de la gouvernance de l’information géographique. Cette notion étant émergente, on en trouve presque autant de définitions que de géomaticiens. Dans le même temps, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que mettre en place une bonne gouvernance est essentiel pour valoriser le patrimoine de données géographiques et bien gérer le territoire.

Afin de mieux cerner la notion de gouvernance de l’information géographique, Isogeo a initié une première étude ces 6 derniers mois, pilotée par Constance Legallais, diplômée de l’ESSEC et chargée de mission à Isogeo. L’étude a été structurée en deux parties :

  1. une étude documentaire approfondie
  2. et une série d’entretiens semi-directifs avec différents acteurs territoriaux.

Pourquoi une bonne gouvernance des données géographiques est-elle nécessaire ?

Cette notion s’applique aux données géographiques, pour plusieurs raisons :

  • dispersion spatiale des ressources (les données brutes)
  • multiplicité des acteurs impliqués dans les prises de décision (gestion de plus en plus décentralisée de la France, idée croissante de démocratie participative)
  • importance de la communication et du relationnel
  • volonté de construire un réseau et une vision commune
  • besoin d’outils de pilotage et de régulation.

A long terme, la gouvernance des données géographiques permet d’organiser le réseau des acteurs territoriaux, de le rendre visible et la décision publique collective d’autant plus légitime.

L’enquête qualitative et l’étude documentaire nous ont également permis de donner une première définition de la gouvernance : La gouvernance des données géographiques est la procédure (méthodes, règles, structures) qui établit et clarifie les rôles et responsabilités (production, mise à jour, diffusion) de chacun des acteurs (publics, privés, individuels) par rapport au patrimoine global de données géographiques sur un territoire donné.

La gouvernance permet d’élaborer une compréhension partagée des territoires et valorise par conséquent le patrimoine de données de chacun. Les premiers résultats de l’étude :

Le patrimoine de données géographiques

Comme évoqué dans cet article, l’environnement d’une donnée géographique a beaucoup évolué ces dernières années et le risque encouru par un organisme est de se laisser déborder par la masse d’information. En effet, le patrimoine de données géographiques d’un organisme est composé de ses propres données, des données de ses partenaires auquel il a accès, de données de l’IDG si elle existe, ainsi que de données publiques, libres d’accès (OpenData notamment) : en bref, toutes les données disponibles sur son territoire d’actions…
Même si au sein d’un organisme, il est désormais possible de tendre vers un catalogue exhaustif, à jour et documenté de son patrimoine, grâce à la solution Isogeo Manager (et sa méthode approuvée), nous constatons qu’au niveau d’un territoire géographique, la méconnaissance est multipliée par le nombre d’intervenants et qu’il est pratiquement impossible de connaître le patrimoine de données d’un territoire, donc de le valoriser !

Les échanges de données géographiques

Principal constat : il existe de grandes inégalités territoriales face au concept même de la gouvernance de l’information géographique en France. En effet, si certaines régions sont dotées de plateformes d’échanges fonctionnelles (IDG), d’autres n’en sont qu’aux prémices d’une telle mise en place. Cette situation asymétrique s’explique par plusieurs facteurs : velléités politiques, absence de leader et/ou d’organisation centralisatrice et animatrice, méconnaissance des acteurs du territoire.
Ainsi, créer une émulation autour du partage des données géographiques est le défi majeur de certains responsables SIG qui sont encore aujourd’hui limités dans des échanges bilatéraux et ponctuels, et, de fait, assez peu dynamiques. Il s’agit plus d’une logique de simples échanges que de collaboration.
Ces échanges peuvent être de plusieurs types (conventionnels, informels, contractuels) et ils révèlent de modes de gestion différents : là où les petites structures – ou les moins politisées – favorisent les échanges informels qui se jouent dans la proximité et une relation de confiance peu traçable, les organismes plus importants – et plus sensibles aux aléas de la politique – privilégient la prudence juridique et la protection de leurs intérêts avec des conventions formalisées. Ces constats révèlent un système à deux vitesses, deux façons de considérer les échanges qui limitent une circulation rapide de l’information.

L’influence de la qualité des données dans les échanges

La problématique de la qualité des données et, par extension, de leurs mises à jour, est centrale. La définition même de la « qualité » fait débat, comme le montre un rapport d’analyse du CERTU publié en 2010. Peut-on alors mettre en avant la qualité des données comme frein à la diffusion ? Cette question est encore en suspens.
La qualité totale relevant d’un leurre, ce sont les métadonnées qui apparaissent comme le moyen le plus sûr d’informer sur les données et leur qualité. Le catalogage devient donc partie intégrante du processus de gouvernance de l’information géographique. Si les producteurs sont parfois réticents à l’idée de diffuser leurs données, c’est également parce qu’ils n’ont pas toujours une idée claire de l’usage et de l’exploitation qui en sera fait. Ils manquent aussi souvent d’éléments juridiques éclairants sur les modalités de diffusion, ce qui les amène à une certaine frilosité.

Le relationnel et les hommes

L'information se gouverne en réseau
L’information se gouverne en réseau

C’est l’un des aspects-clés de la gouvernance de l’information géographique. Nous l’avons retrouvé explicitement ou implicitement lors de nos entretiens. C’est ce qui rend fragiles ou au contraire pérennes les échanges de données et les relations entre les organismes. Au delà des « outils », c’est un véritable « réseau » d’acteurs à construire, pérenniser et à animer. Pour poser les bases de ce réseau, la première étape consisterait donc à identifier ces acteurs et à comprendre leur rôle.
Comme le montre la récente « Synthèse de l’enquête sur l’évolution des infrastructures de données géographiques » publiée par l’AFIGéO, la question de la gouvernance de l’information géographique suscite une véritable prise de conscience : 63% des interrogés pensent que c’est le premier aspect sur lequel les IDG doivent encore s’améliorer. Les possibilités d’avancées sont donc réelles et … source d’innovations.

Selon Isogeo, le catalogage des données et leur documentation est l’étape principale et fondatrice de la gestion de l’information géographique. Une seconde étape consisterait à faire connaître son catalogue et ses métadonnées au sein de son « réseau », ce qui permettrait d’instaurer une véritable communication entre les différents organismes intervenant sur un même territoire. Autrement dit, cela revient à mettre en œuvre la « gouvernance de l’information géographique ».

Votre avis nous est précieux, n’hésitez pas à nous contacter ou à laisser un commentaire ci-dessous. Merci.

Un commentaire

  1. Guillaume said:

    Une des raisons non citees (meme si je pense qu’elle est sous-jascente) dans la necessite de gouvernance de l’information geographique, c’est tout simplement le developpement durable. La donnee geographique a un cout de production eleve car elle implique des actions directement liees a la realite du terrain et de l’environnement.

    De mon point de vue, la gouvernance veut dire aussi : optimiser la production : ne pas refaire ce qui a ete fait par d’autres, rationaliser les investissements au lieu de les demultiplier, et par le meme temps, limiter les effets ecologiques lies a la capture des donnees geographiques sources. Je pense notamment aux deplacements (aeriens et terrestres), et aux materiels (du tacheometre aux cannes orpheons, avec les sattelites associes, le lidar aussi…). Bref, la production de donnees geographique coute tres cher, il faut rentabiliser son utilisation et demultiplier ses benefices

    Bon c’est un peu fouilli en cette heure tardive, mais au final : bien qualifier ses donnees geographique (metadonnees) – je parle de qualification, pas de qualite, je rejoins l’article particulierement sur ce point – ; utiliser un outil de cataloguage exhaustif, robuste et fiable; valoriser, partager-echanger-acheter-vendre la donnee geographique est un modele responsable, ethique, qui prone une economie durable. Isogeo est au coeur de ce dispositif. Ca donne du sens a son projet. C’est en phase avec le contexte economique actuel.

    7 février 2013
    Reply

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