Gouvernance de l’information géographique – 5/6 : INSPIRE et Open Data, l’indispensable complémentarité

Par Hervé Halbout, Consultant expert SIG et 3D (Halbout Consultants), avec la participation de Mathieu Becker, Président-fondateur d’Isogeo, vice-président de l’AFIGéo (pôle Entreprises-Industries) et Olivier Schwartz, Directeur marketing et communication d’Isogeo.

Dans les articles précédents de notre saga sur la gouvernance de l’information géographique, nous avions clairement énoncé que le catalogage des données géographiques était un prérequis essentiel à leur gestion. Le catalogage est aussi au cœur de la directive INSPIRE que nous aborderons dans cet article : état des lieux sur la perception et l’implémentation en France, mais aussi comment la conformité avec la directive permet d’alimenter intelligemment l’Open Data.

INSPIRE : état d’avancement et perception

Dans un précédent article consacré au rapport 2014 sur INSPIRE, il apparaissait clairement que, d’un côté il y avait de plus en plus de métadonnées déclarées sur le Géocatalogue national, ainsi que des métadonnées de meilleure qualité, alors que de l’autre l’offre de service (recherche, visualisation, partage) ne décollait pas. Il est à noter que le rapport annuel du MEDDE auquel nous faisions référence, faisait état des données « modélisées » INSPIRE qui sont visualisables/téléchargeables, mais n’apportait pas toutefois d’informations sur celles qui sont téléchargées.

Le présent article a pour but de proposer une première analyse de ce phénomène en relevant un élément qui nous semble particulièrement pertinent : en France, le catalogage serait plus centré sur le respect de la directive INSPIRE que sur une véritable démarche de communication externe, de partage des données. Nous pensons que c’est là le nœud gordien du problème.

Il est utile de rappeler que la directive INSPIRE a été longtemps perçue en France comme une contrainte réglementaire de plus ; une obligation, source de surcroît de travail pour les géomaticiens qui devaient s’atteler à la tâche difficile et rébarbative de recenser et documenter leurs données (ce qui n’avait été qu’exceptionnellement fait jusqu’alors).

Isogeo et INSPIRE

Nous pensons au contraire qu’il s’agit là d’une véritable opportunité : pour respecter la directive, il faut cataloguer ses données géographiques. Il y a donc une nécessité de bien maîtriser son patrimoine de données numériques. Et c’est là que le bât blesse : la connaissance du patrimoine de données géographiques dans la plupart des collectivités est, au mieux limitée, au pire inexistante.

La mise en conformité des organismes publics vis-à-vis de la directive est toutefois en train de se faire, a minima, mais avec le soutien des IDG (Infrastructures de données géographiques. Cependant, la démarche semble s’arrêter là pour le moment.

Qu’apporte INSPIRE en France ? 

Bien connaître son patrimoine de données signifie disposer d’un inventaire de celles-ci, qui sera ensuite susceptible d’alimenter un catalogage raisonné, opérationnel, partageable. La démarche doit alors s’articuler autour de 3 questions :

  • Qu’est-ce que je garde ?
  • Qu’est-ce que je détruis ?
  • Qu’est-ce j’archive ?

INSPIRE induit tout cela, mais pas seulement. En tant qu’expert, il nous apparait nécessaire, indispensable, voire enthousiasmant de bien connaître son patrimoine de données. Cet enthousiasme n’est pourtant pas souvent partagé par les géomaticiens et leur inquiétude se traduit à plusieurs niveaux :

  • Comment réaliser rapidement et efficacement l’inventaire de mes données géographiques ?
  • Comment maintenir à jour cet inventaire ?
  • Où trouver le temps nécessaire de faire tout cela ?
  • Que va-t-il se passer si cela n’est pas fait ?

Les responsables SIG n’ont généralement pas été formés à la valorisation de ce patrimoine, au catalogage et à ses enjeux stratégiques.

Pourquoi INSPIRE est-elle si difficile à appliquer en France ? 

Pour répondre à cette question, nous pouvons avancer quelques arguments :

  • INSPIRE n’est pas encore perçue comme une véritable opportunité. Si la notion d’obligation est certes réelle, c’est souvent son côté négatif qui est retenu ;
  • La valeur attachée au patrimoine de données est une notion encore récente et assez peu appréhendée et mise en avant ;
  • Le nombre de données existantes à inventorier est souvent tellement important et flou, que les géomaticiens s’inquiètent par avance du travail à réaliser pour une tâche perçue comme ingrate et devant être renouvelée ;
  • Les technologies open source, retenues pour le catalogage de données, se révèlent limitées en termes de mise à jour du catalogue et de son utilisation.

Il nous semble important de nous arrêter sur ce dernier point, car il est symptomatique de l’évolution qui s’opère aujourd’hui dans l’usage des données. Le catalogage de données n’est pas nouveau en soi. Des outils existent depuis longtemps déjà et nous avons eu l’occasion de les tester, sans pour autant être convaincu de leur efficacité : il est possible de cataloguer ses données, tout en respectant la directive INSPIRE, mais l’exploitation et la mise à jour des métadonnées reste aujourd’hui difficile. Les développements effectués avec les outils open source apportent une réponse technique pertinente, mais limitée, à ce qui est considéré comme une contrainte réglementaire. Efficace a minima, certes, mais pas fun pour autant. C’est en cela que la solution développée par la société Isogeo amène un souffle nouveau sur la planète géomatique, dans la gestion et le partage des données. C’est toute une technologie novatrice qui a ainsi été élaborée, puis mise en œuvre. Recenser, documenter et valoriser (à travers l’échange, le partage et la libération des données) sont autant de termes qui la caractérise et le catalogage qui en résulte permet à la fois de disposer d’un inventaire exhaustif, à jour et documenté, de respecter la directive INSPIRE … et de se préparer à l’Open Data.

Nous identifions par ailleurs, un autre risque vis-à-vis d’INSPIRE : considérer qu’il s’agit d’une fin en soi en déclarant ses (méta)données géographiques. Il s’agit là d’une limite d’interprétation. INSPIRE est un moyen d’avancer, de structurer ses informations, de les rendre disponibles en s’appuyant sur des règles clairement identifiées, voire normalisées. INSPIRE amène au partage des données géographiques. C’est son but ultime et c’est aussi une ouverture sur un domaine plus large : celui de l’Open Data.

INSPIRE et l’Open Data

L’Open Data doit servir à « ouvrir » les données (géographiques ou non), à les mettre à disposition pour une réutilisation « libre » et surtout à les valoriser, avec de nouveaux usages.

Logo de kune.fr : http://kune.fr/culture-web/aujourdhui-lopen-data/
Logo de kune.fr : http://kune.fr/culture-web/aujourdhui-lopen-data/

Pour autant, INSPIRE relève du SIG, l’Open Data du politique. Le SIG est une démarche de type bottom-up, l’Open Data du type top down. Nous constatons par expérience, qu’une problématique SIG émane quasi systématiquement des métiers d’une collectivité (urbanisme, réseaux, voirie, …), alors que l’Open Data émane directement du politique (avec souvent un passage par la communication). Cet état de fait n’est pas sans conséquences : mettre en œuvre et maintenir à niveau un SIG aujourd’hui relève encore parfois du sacerdoce. Les responsables politiques considèrent trop souvent les données géographiques comme une simple donnée de gestion, sans toujours en mesurer la valeur réelle et l’intérêt majeur (la notion de valeur est absente, ainsi que la notion d’enjeu territorial qui y est associée). Ils font pourtant appel de plus en plus souvent à la cartographie, résultante de l’exploitation des données et qui en est une première forme de valorisation, sans s’interroger sur la donnée elle-même (origine, qualité, fiabilité, partage, valeur, usages).

INSPIRE n’est pas simplement une opportunité pour connaître et gérer son patrimoine de données, c’est aussi la première marche qui permet d’alimenter intelligemment l’Open Data. Nous pensons que pour alimenter convenablement un Open Data, il est indispensable de disposer d’un Open Catalog. Si celui-ci est de surcroit compatible avec la directive INSPIRE, c’est encore mieux. C’est dans l’OpenCatalog que peuvent être répertoriés la liste des données numériques existantes, les métadonnées et les services associés. Sans cela, la mise à disposition en Open data de façon non réfléchie et non structurée de données publiques risque fort de relever de la boite à compost, certes dédiée aussi à la valorisation, mais plutôt à celle des déchets…

Les Enjeux d’avenir

Le métier des responsables SIG est en train d’évoluer, comme le disait Mathieu Becker dans l’éditorial de l’AFIGéo d’octobre-novembre 2014. C’est d’ailleurs indispensable. Leur rôle est en train de passer d’une composante technique forte à une composante orientée vers la gestion. Pour garder l’exemple de la valorisation de la donnée géographique (inventaire/catalogage/partage/mise à disposition), il s’agit moins d’être pourvoyeur de données et de métadonnées, mais bien de s’occuper de superviser un patrimoine de données. Si les responsables SIG n’évoluent pas dans ce sens, s’ils ne s’approprient pas pleinement la problématique de l’Open Data, en complément de celle d’INSPIRE, ils vont probablement s’enferrer dans la technique, dans une organisation où le SIG sera certes toujours transversal, mais où la valeur de leur travail – les données – sera captée par les autres métiers.

Le métier de géomaticien devrait évoluer, grâce à une solution comme celle développée par la société Isogeo, vers un rôle de GeoData Manager.

Cet article a été rédigé pour alimenter la réflexion dans le domaine de la géomatique. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques, commentaires ou indignations ! Merci de laisser un commentaire ci-dessous.

 

Un commentaire

  1. Guillaume FENICE, Chef de projet SIG said:

    « Geodata manager » voire même un nouveau métier de « geo communicant » ou le responsable SIG doit en effet documenter et valoriser les données géographiques mais également communiquer et savoir animer pour favoriser de nouveaux usages

    17 novembre 2014
    Reply

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